Réchauffistes et climato-sceptiques

Avanti populo!

Réchauffistes et climato-sceptiques

Manifestation

Éléments de compréhension de la question du réchauffement et de ses implications

Les réchauffistes, comme les climato-sceptiques les appellent, pensent avoir établi une relation entre la modification de l’atmosphère lié à la révolution industrielle et un réchauffement de la température. Ils déduisent et calculent le réchauffement du climat en appliquant des lois qui sont celles de l’effet de serre. Ils appellent ce phénomène le forçage radiatif.

Les climato-sceptiques contestent le bien-fondé de cette théorie. Ils prétendent que beaucoup d’autres causes peuvent intervenir et provoquer tantôt un réchauffement, tantôt un refroidissement de l’atmosphère.

La théorie du réchauffement climatique d’origine anthropique demeure basé sur une hypothèse et pour les climato-sceptiques, cela l’invalide, alors que toutes les théories scientifiques sont basées sur des hypothèses. Ils disent qu’il n’y a pas de rapprochement à faire entre des observations qui concernent la quantité de CO2 dans l’atmosphère et la température. Les réchauffistes ont mesuré avec une grande exactitude le changement de composition de l’atmosphère lié à l’activité humaine. Les climato-sceptiques ne considèrent aussi que ces calculs sont erronés. Mais ils nient qu’il en résultât une aggravation de l’effet de serre. Ils le nient à cause de la petite quantité de CO2 dans l’atmosphère. Ils nient l’influence de l’augmentation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère, le rapport entre les deux. Ils contestent qu’il s’agisse d’une loi de la nature. Ils invoquent des variations de température antérieures à l’industrialisation. Ils expliquent que la vapeur d’eau qui existe en bien plus grande quantité dans l’atmosphère que le CO2 provoque toutes sortes de variations et que le rôle du CO2 est négligeable. Les réchauffistes rétorquent que la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère ne varie pas, comme le CO2, qu’il s’agit d’une loi.

Les climato-sceptiques prétendent aussi que l’activité du soleil suffit à expliquer les variations de température existantes. Mais les réchauffistes expliquent que l’influence sur le climat des variations d’activités du soleil est beaucoup moins importante que celle de la variation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère.

Les climato-sceptiques avancent aussi que, de toute façon, les hausses de température précèdent en général l’apparition de CO2 dans l’atmosphère. Comme s’il s’agissait d’un argument. Comme si d’autres phénomènes que l’industrialisation ne pouvait pas avoir une influence sur la température.

Certains prétendent encore que seule la densité de l’atmosphère influe sur sa température. Comme si, en émettant du gaz, l’homme ne contribuait pas à augmenter cette densité.

Certains climato-sceptiques nient tout simplement la fonte des glaciers. Ils prétendent au contraire que la banquise s’étend. Des études montrent que les glaciers des Alpes ont perdu 20 % de leur surface entre les années 80 et aujourd’hui. D’autres qu’il y aurait 10.000 milliards de tonnes de glace en moins. L’on montre que la banquise polaire na jamais été aussi mince et petite. Mais les climato-sceptiques prétendent exactement le contraire. S’ils ne contestent pas que certains glaciers des Alpes fondent, ils avancent que d’autres grossissent, que certains glaciers des Alpes grossissent, que la banquise est plus étendue qu’elle ne l’était il y a des années, que la couche de glace de l’Antarctique augmente chaque année. Comme il s’agit de scientifiques, on a tendance à les prendre au sérieux.

Ils disent qu’il n’y a pas de réchauffement. Ils nient le réchauffement. Comme il est impossible de procéder à ces études de terrain soi-même, on a du mal à savoir à quoi s’en tenir. Mais tout le monde peut constater qu’il y a beaucoup moins de neige en Belgique qu’il y a quarante ans. Il n’y a plus que quelques jours d’enneigement contre trois mois au moins d’enneigement il y a des décennies.
Un Français vit depuis 42 ans au Groenland. Il explique que, sur cette période, un glacier qu’il connaît bien a reculé d’un kilomètre. Il est beaucoup moins haut également qu’il y a des décennies, dit-il. Mais les climato-sceptiques rangent ce genre d’explications parmi les faux témoignages.

Pour cela, ils font référence à un fait, comme s’ils avaient connaissance de ce fait. Mais ils n’expliquent pas comment ils ont connaissance de ce fait. Ils se basent rarement sur des témoignages. Ils citent une région du monde, ou un autre scientifique, mais pas des témoins, des gens de terrains.

Ils expliquent aussi que les ours polaires ne se sont jamais portés aussi bien. Certains disent qu’il y en a plus qu’avant. La polémique autour de l’ours polaire est emblématique du mode de raisonnement des climato-sceptiques. Et du reste des réchauffistes aussi. L’ours polaire disparaît des zones les plus affectées par le réchauffement climatique. Autrement dit des régions les plus au sud où il a l’habitude de vivre. Comme au sud de la Baie d’Hudson. Il y disparaît parce que la banquise est en train de disparaître en hiver dans cette région. Or il a besoin de la banquise pour chasser. Les phoques ne se promènent pas sur la terre ferme. Ils nagent sous la banquise. Le réchauffement climatique a donc bien un impact sur les ours polaires, en tout cas dans cette région. Mais dans les autres régions plus au Nord, la population de l’Ours polaire ne diminue pas. Il se pourrait même qu’elle augmente. Sauf là où on le chasse pour sa peau, comme dans la Baie de Baffin ou en Alaska. Le World Wild Life Fund a l’habitude d’avoir affaire à des espèces menacées. La plupart sont menacées à cause de la chasse, et il sait bien quand une espèce est menacée. Il a donc demandé aux Américains de placer l’ours polaire parmi les espèces menacées à cause de la chasse. Beaucoup de réchauffistes en déduisent que l’espèce est en voie d’extinction. Ils se trompent. L’espèce est seulement menacée. Mais les climato-sceptiques aussi confondent espèce en voie d’extinction et espèce menacée et ils en profitent pour dire que l’ours polaire n’est pas du tout une espèce en voie d’extinction et pour conclure qu’on ne peut pas se baser sur cet argument pour prétendre que le climat se réchauffe. Ils oublient que cette espèce est menacée à cause du réchauffement climatique dans les régions concernées par le réchauffement climatique. Il s’agit bel et bien d’une astuce de raisonnement parce qu’à moins de prétendre que la banquise ne disparaît pas dans le sud de la baie d’Hudson, ils ne peuvent prétendre que l’ours polaire n’est pas menacé par le réchauffement climatique. Simplement, il ne disparaît pas complètement. Pas encore. Comme l’expliquent certains réchauffistes et défenseurs des animaux. Mais seulement certains.

D’autres climato-sceptiques se lamentent en disant que c’est une très bonne chose qu’il y ait du CO2 dans l’atmosphère, que les plantes ont besoin de CO2 et que les hommes ont besoin des plantes.

Certains adhèrent à toutes les théories qui remettent en question des croyances majoritaires à la fois pour se distinguer, et parce qu’ils détestent ces croyances. En tout cas, c’est le cas des climato-sceptiques qui essaient de dire qu’ils luttent contre un courant de pensée à moitié totalitaire.

Il y a plus d’une décennie, de nombreux scientifiques ont participé à un vaste programme d’EXXON, la puissante compagnie pétrolière américaine, pour nier le réchauffement climatique.

Ce grand monde, qui aime avant tout qu’on le prenne au sérieux, aime nager dans le sens du courant, et donner l’impression qu’il fait le contraire, qu’il est ouvert, critique, qu’il ne se contente pas d’accepter une idée parce qu’une majorité des scientifiques la partagent.

Ces scientifiques se servent du prestige qui est le leur parce qu’ils enseignent dans des universités célèbres. Les mots qu’ils utilisent, les théories auxquelles ils font référence ne sont pas familiers et des gens se laissent impressionner par leurs arguments. Malgré leur méfiance par rapport à la science, certains ont tendance à croire les climato-sceptiques plutôt que les autres. Y compris des scientifiques, parce qu’ils envient le prestige de certains. Parce qu’ils sont nombreux. Parce qu’ils ont l’air de s’appuyer sur de nombreux arguments différents et sur des preuves indiscutables. Parce que cela les rassure.
Certains scientifiques sont de véritables canules. Aussi bien des jeunes que des vieux. Le stade en dessous, ce sont les faux raisonneurs, ceux qui s’amusent à raisonner longuement à partir de prémisses fausses, généralement amalgamées. Genre : tu as des longs cheveux, donc tu apprécies Trump.

Pour que les scientifiques puissent faire leur travail, mais aussi pour qu’ils puissent plus facilement servir à influencer l’opinion, une vision très conventionnelle de la science qui date du siècle passé a émergé et vient à la rescousses des climato-sceptiques. Les climato-sceptiques prétendent que l’on ne tient pas compte de La science quand on les critique. Ils réagissent comme les scientifiques du dix neuvième siècle qui luttaient contre l’influence de la religion, mais qui étaient très majoritairement déjà des grenouilles de bénitiers. Du reste, tous les grands scientifiques ont eu affaire à ces grenouilles, bref à des canules, parfois plus encore qu’à la religion. Rien de tel à ce sujet que relire de bons livres sur Galilée. Il y en a un remarquable publié à la NRF..

Il y a des scientifiques intègres, mais ce ne sont pas souvent les plus connus. Ces derniers le sont parfois, mais seulement jusqu’à un certain point. Ou bien ils se font critiquer par les autres.

Dans ses livres, notamment celui sur la médiocratie1, Alain Denault dénonce le soutien le lien entre multinationales et scientifiques, le fait que ces derniers défendent toutes sortes de théories dans le seul but de recevoir un prix ou de toucher de l’argent d’une multinationale. Le capitalisme décerne des centaines de prix prestigieux dans le seul but d’influencer les scientifiques et donc le reste du monde. Tout cela est du vent. De la poudre aux yeux. Même si cela fait parfois avancer le débat. La science est complètement à la merci de cette fumisterie à cause du prestige qui en découle, et souvent, ceux qui jouissent de ce prestige sont crus sur parole.

Isabelle Stengers est encore beaucoup plus critique. Dans son livre Une autre science est possible, elle plaide en faveur d’une connaissance impartiale des théories par des non scientifiques à cause de toutes les manipulations des scientifiques.

Tout cela ne nous explique pas cependant les raisons qui poussent les scientifiques à débattre avec acharnement de la question du climat.

En fait, les deux camps adhèrent surtout à des stratégies économiques différentes.

Les réchauffistes en général expliquent que les peuples du sud sont confrontés à des températures extrêmes, et à une accentuation de la désertification. Ils expliquent que beaucoup d’espèces ne résisteront pas au réchauffement climatique. Notamment des arbres. Et prétendent qu’il faut financer un plan pour venir en aide à ces populations. Ce qui incite certaines puissances à nourrir de nouvelles idées d’extension, d’ingérence, d’accaparement de vastes pans de l’économie des pays du sud. Les pays industrialisés ont même réussi à monnayer leur niveau d’industrialisation. Seuls les pays riches seraient en mesure de payer les taxes liées aux émissions de dioxyde de carbone et donc de construire des usines, de se développer.

Le député, essayiste et réalisateur français François Ruffin, qui adhère à l’idée du réchauffement climatique est scandalisé par le greenwashing, par le capitalisme vert comme il l’appelle2.

Les climato-sceptiques, eux, défendent souvent les sociétés, les compagnies qui dévastent l’environnement à une vaste échelle. Ils s’accrochent au business as usual, au modèle de société actuel, et refusent qu’on discute des injustices qu’il engendre. Ils critiquent toutes les taxes. En général, ils sont indifférents au sort des populations des pays du sud.

Il est difficile de déterminer ce qui est pire : le business as usual ou le capitalisme vert. Les deux sont tout simplement inacceptables.

Quelques-uns enfin s’exclament que la théorie du réchauffement climatique sert à dissimuler les autres problèmes environnementaux causés par l’homme, comme la pollution, qu’on ferait mieux de parler de la pollution. Cette dissimulation aussi est inacceptable. La pollution pourrait bien engendrer une catastrophe non seulement environnementale mais épidémiologique ou économique de très grande envergure et faire encore plus de dégâts que le réchauffement climatique. En un sens, la théorie du réchauffement climatique et l’engouement pour l’un ou l’autre camp sert effectivement à nier les autres types de dégâts causés par la dérégulation économique, par l’économie de marché, par le manque de règles et de planification. Le réchauffement sert de manière commode d’explication et de couverture à toutes sortes de choses.

Il y a une évidence du réchauffement. Et sortir toutes les contre-preuves ne détruit pas cette évidence. Les choses sont un petit peu plus lentes que prévu. C’est tout. Et cela peut se révéler perturbant. Et on peut toujours espérer que pour des raisons diverses, on est victime d’une illusion, ou que les choses vont se passer autrement que prévues (sans preuves). Tout cela est aléatoire. Mais tout cela ne change rien au fait qu’il faut réguler le développement industriel et économique, qu’on doit arrêter de faire n’importe quoi, ou de laisser faire n’importe quoi, et qu’il faut venir en aide aux populations qui souffrent.

Les ordures qui sont aux commandes se servent du système pour accaparer ou détruire les richesses des autres ne reculent devant rien, sauf devant des missiles balistiques intercontinentaux hypersoniques et encore.
Pour la petite histoire, il y a cinquante ans au moins que Shell pollue et détruit le delta du Niger, naguère une des joyaux de la planète. Cette compagnie n’a même jamais été traînée devant les tribunaux.
EXXON est pratiquement devenue une agence d’information à lui tout seul. Cette compagnie pétrolière utilise les gros moyens. Mais elle n’est pas la seule. Donziger, tel est le nom de l’avocat qui a réussi il y a une décennie à battre en justice Chevron, à l’époque Texaco, à cause des destructions environnementales massives causées par cette autre abominable compagnie pétrolière en Amérique du sud. La compagnie était censée payer des milliards d’indemnité aux victimes équatoriennes de ses agissements. Bien sûr, la compagnie a refusé, et a quitté l’Équateur. Elle a changé de nom. Et elle a corrompu un juge équatorien en lui offrant vingt fois son salaire et l’opportunité de vivre aux USA pour qu’il accuse Donziger lui-même de l’avoir corrompu et payé pour qu’il influence la justice équatorienne. La compagnie pétrolière est en train de détruire la vie de cet avocat. Le harcèlement subi par Donziger est monstrueux. Ce dernier n’a plus le droit de travailler, de voyager de gagner de l’argent. Et bien sûr, il est traîné en justice par Chevron dont le chiffre d’affaire dépasse largement les 100 milliards de dollars. Chevron a recruté plus d’une centaine d’avocats. Elle a fait espionné Donziger. Celui-ci n’est plus en mesure de payer les frais qu’il a, bien sûr, comme tout le monde. Il a un enfant et il est marié.
Le dirigeant qu’il a aidé à gagner son procès contre Chevron est en exil et sous le coup d’un mandat d’arrêt. Son successeur vient de recevoir par contre une aide financière du FMI qui vient de refaire de son pays un pays endetté, sans servir à rien d’autre qu’à permettre à quelques riches Équatoriens à mettre cet argent dans leurs poches.

Il s’agit de tirer une leçon de cette affaire comme de l’affaire Assange. La démocratie occidentale est devenue un prétexte qui sert à étendre sans fin les prérogatives des multinationales qui se moquent bien d’elle. La démocratie que le monde de l’économie contrôle en contrôlant les soi-disant grands médias et le monde du savoir sert à maquiller des inégalités et des injustices phénoménales. La voie légale pour lutter contre l’injustice est tout simplement impossible. Elle sert plutôt à engendrer des faux semblants, à justifier des putschs fascistes. Le mensonge et la mystification sont systématiques. L’instrumentalisation des médias et de la justice est totale et sert à tendre des pièges mortels à ceux qui s’efforcent de rétablir un minimum de justice. Il s’agit de transformer complètement cette démocratie pour parvenir à lutter contre la toute puissance dévastatrice des multinationales capables de provoquer des pandémies et de réchauffer le climat.

1La médiocratie, Lux éditeur, 2013.

2 Il y a quelques pages intéressantes à ce sujet dans son dernier livre Il est où, le bonheur ? (éditions Les Liens qui Libèrent, 2019).

 

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