Réflexion sur la mobilisation à venir

Avanti populo!

Réflexion sur la mobilisation à venir

Dans les manifs, le sérieux est plutôt de mise. Les gens se déguisent, portent plein de couleurs, mais ça n’y fait rien. Les mobilisations sont des moments assez froids, où l’on défile en rang comme à cause de la nostalgie d’un ordre quasi militaire. D’un ordre. Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas moi qui l’ait dit, les révolutions sont d’abord des rappels à l’ordre. Les salutations y sont aussi démonstratives que creuses et sans chaleur. Elles meublent. Elles occupent. Elles soulagent. Elles ne réparent pas. Et on s’étonne que certains s’amusassent à brûler des voitures. Pourtant, que faire d’autre pour expurger la rage de s’être laisser entraîner à faire une chose aussi vaine et aussi peu gratifiante.

Si nous trouvons le temps de nous faire un gentil sourire l’un à l’autre lors de ces grands moments de la vie militante, nous pouvons nous estimer heureux.

Et l’on s’étonne qu’il n’y ait jamais personne. Ou que, quand il y a un peu de monde, ce soit généralement sans lendemain, et en se disant qu’il y a erreur. Non, ce n’est pas drôle, même si c’est la meilleur chose que l’on puisse faire pour nous relaxer, pour nous sentir un peu mieux dans notre peau.

Je vais à des manifs depuis longtemps, même si ça ne sert à rien. Je n’ai pratiquement pas d’espoir de changement, ni d’amélioration. Je n’y vais pas par curiosité pour autant. Parfois,, je l’admets, j’y vais pour me changer les idées d’une manière plus agréable qu’en passant mon temps avec des bourgeois, ou pour ne pas rester sans plus à la maison sans rien faire, bref pour faire quelque chose, même si ça ne sert à rien.
Je m’amuse alors à lire les slogans que chacun invente et inscrit sur une pancarte. C’est une des choses les plus amusantes qui soient lors d’une manif. La seule chaleur qui passe alors entre les gens, c’est par le biais de ces morceaux de carton et par les mots qui les recouvrent. Les mots seuls réussissent à nous souder un peu. Je pourrais en citer des centaines, des milliers. Aucun d’eux n’a cependant jamais inspiré même le dernier rond de cuir d’un ministère.

On sait ce qu’il en est.

Il faudra se mobiliser. Il le faudra d’autant plus que ce ne sera pas facile. Ce n’est jamais facile. Mais, cette fois, ce sera différent. On ne contestera pas le motif pour lequel nous prétendons nous mobiliser, ou notre manière de nous mobiliser. Non : on contestera autre chose. On nous parlera du moment où nous choisissons de la faire, de priorité. On nous reprochera de prétendre vouloir le faire.

Il est certain que des choses se passeront, plein de choses et que ces choses nécessiteront des mobilisations. Les choses ne se passeront pas comme d’habitude. Il faudra comme on dit se lever tôt. On ne sait pas encore ce qui se passera.

Il y a eu la loi Travail en France par exemple. Cette loi a bouleversé l’ordre établi. Elle a remis en cause le contrat social qui soude la société française. Le même genre de loi a été adopté en Belgique, mais on en a beaucoup moins parlé. Comme d’habitude.

Cela pourrait bien être quelque chose de ce genre.

On connaît la suite. En France, cette mobilisation assez classique contre la loi Travail s’est soldée par la victoire électorale écrasante de Macron et par l’éclatement d’une révolte, celle des gilets jaunes. Seule la menace d’une pandémie et les mesures prises par des gouvernements à cette occasion ont réussi à étouffer ce mouvement et cette révolte.

En Belgique, les révoltes étouffent d’elles-mêmes. On montre son nez, on marche pendant quelques heures dans la rue, et si la police provoque des échauffourées, on arrête les frais.

Cela ne signifie pas que nous sommes des gens dociles, mais que nous ne sommes pas assez puissants que pour faire reculer ou réfléchir un appareil d’état tentaculaire et omnipotent(présent).

Lorsque le moment sera venu de le faire, il ne sera pas facile de se mobiliser. C’est certain. Cet état, ce système (cleptomanes), sont en train de cadenasser les choses. Masques, pandémie, lois, interdits, tout est mis en place pour ruiner toute tentative de mobilisation, pour la rendre caduque, pour parler d’AUTRE CHOSE. Pour nous dire : on comprend bien, mais ce n’est pas le moment. Regardez ce qui se passe ailleurs, là, sous vos yeux.. et patati et patata…

Ce sera compliqué, et ça ne se passera pas comme on pense. Et cette mobilisation ne servira pas à ce qu’on voudrait qu’elle serve. Mais il faudra en tout cas qu’on se mobilise. Elle servira à quelque chose, quand même.

Il y a cette croyance. Les gens, du moins ceux qui se mobilisent pour un tas de choses, croient qu’il est normal de se mobiliser, même si se mobiliser ne va jamais de soi. Ils auront cette audace. Ils l’auront d’autant plus qu’elle paraîtra totalement inopportune. Inopportune et opportune à la fois. Il va falloir à ce moment-là trouver une manière de se mobiliser. Il va falloir inventer quelque chose.

Le pouvoir sera débordé. Mais cela ne durera pas. Il ira jusqu’à interdire toute mobilisation. On sera sous le choc. Ce choc sera peut-être même radical. Mais on pourra alors se mobiliser pour de bon. Contre la dictature. On ne sera pas loin d’une guerre civile. Le pouvoir, le gouvernement, les élites, la propagande de masse tenteront de remettre tout ce mouvement en cause, ils essayeront de l’empêcher d’exister, de le rendre impossible. Plus ils le feront, plus les choses ce mouvement de mobilisation aura de sens. Plus ils se réjouiront de sortir leurs salades, de prétendre que le moment est mal choisi, plus cela motivera les gens.

Ça peut marcher. Si ça marche tant mieux, mais ça peut aussi ne pas marcher.

Il faudra forcément qu’en manifestant en quelque sorte pour pouvoir se mobiliser, on trouve des raisons, on précise ce pourquoi il vaut la peine de se mobiliser. Mais qu’est-ce qui pourrait encore donner envie de se mobiliser ? Qu’est-ce qui, alors qu’on est à deux doigts d’une guerre civile, vaudra encore la peine qu’on se mobilise ?

Chacun a des raisons de se mobiliser, tout le monde a des raisons de se mobiliser. Tout, l’injustice du système, son caractère dégradant.

Des gens à la campagne ont plein de raison de se mobiliser, par exemple contre l’épandage de produits toxiques. Tout le monde a des raisons de se mobiliser contre cela. Il y a trop de raisons de se mobiliser. Pourquoi par conséquent se mobiliser pour l’une d’entre elles, plutôt que pour une autre, ou contre autre chose encore ? On se mobilise à brûle-pourpoint. C’est la règle. Mais c’est toujours pour un motif accessoire, ou relativement secondaire. Les mesures politiques sont également des mesures accessoires. Ce ne sont pas des mesures radicales. Quoique n’importe quelle mesure ait un aspect radical.

On est occupé à essayer de nous habituer à obéir, et un moment donné, on va se sentir tout petit tout bête, et bien sûr, ce n’est pas directement à ce moment-là qu’on va reporter l’âge de la pension jusqu’à 70 ans. On nous fera d’abord terriblement sentir à quel point nous sommes bêtes, dociles, fragiles. C’est déjà le cas.

Quand on se sentira tout bête, qu’on se sentira dans l’impossibilité de réagir, c’est à ce moment-là qu’il faudra réagir, bouger, se mobiliser.

On le sait, il y a une manière de se mobiliser. On se mobilise quand le pouvoir ne s’y attend pas, pour dire qu’on est là, qu’on est encore là, pour lui mettre des bâtons dans les roues. On ne se mobilise pas quand il s’y attend. Et qu’il a une propagande toute prête à servir pour nous museler, pour étouffer nos cris. Pour couper les cheveux en quatre dans le mauvais sens.

Pour l’instant, l’occasion est trop belle pour le pouvoir. Il fait les choses tout en douceur. Même s’il prévoit d’imposer la pension à 70 ans, le service civil obligatoire. Il mettra peut-être des chômeurs à la disposition des grandes entreprises. Qui sait. On parlera de mesure positive, progressiste.. Il l’a déjà fait.

Trois jours après un nouveau coup d’état téléguidé dans le tiers-monde, tout le monde ou presque a oublié. À la limite, personne n’est au courant. Tout le monde a avalé tout cru la propagande gouvernementale. Un minimum de personnes juge bon de se mobiliser. Pourtant le rôle des Occidentaux, du capitalisme dans les coups d’état qui viennent de se produire en Bolivie, en Équateur, en Afrique, à la faveur d’élections, requiert une mobilisation.

Nous, les activistes, les résistants, n’avons qu’une obsession : les empêcher de nous tromper. Ils se trompent de politique systématiquement et ils voudraient que nous nous trompions aussi. Nous voulons à tout prix ne pas, ne plus nous tromper. C’est notre seul espoir.

Il en résulte qu’il est rare qu’on fasse des mobilisations pour des raisons vraiment importantes. Dans les quartiers oui, les gens se mobilisent quand la police tue un jeune, ou un Africain. C’est important. Mais c’est quand même anecdotique. Il en serait autrement si l’on se mobilisait pour que tous ces jeunes dont la société fait des exclus trouvent un travail. Ou si l’on faisait des écoles spécialement pour eux.
Un personnel hospitalier réduit s’occupe d’un nombre de patients qui augmente sans cesse. Le pouvoir multiplie le nombre de lits d’hôpitaux. Pas la quantité de personnel. Et, en même temps, il multiplie les consignes stupides. Cela fait des dégâts que l’on met sur le compte de la pandémie. Comme si lorsqu’on met du diesel dans un moteur à essence et que ce dernier tombe en passe, on invoquait la fragilité des pistons.
Mais cela n’incite personne à se mobiliser.
Médias, activistes de tout poil nous rabâchent les oreilles avec les valeurs sociétales. Le pouvoir lui-même en redemande. C’est au point que lorsqu’on se mobilise pour autre chose, on a l’air de Béotiens.

Ils annonceront que nous, le peuple, la nation, réoccupons l’Afrique, une partie de celle-ci. Ils le feront. À moins que la dictature démocratique ne s’écroule à son tour. Bien sûr, ce sera pour sauver des millions de vies. Soi-disant. On sait ce qu’il en est dans ces cas-là en général. Sauf si les Chinois ou les Russes en décident autrement. Mais le feront-ils s’ils sentent que les masses lobotomisées en Occident suivent comme un seul homme, si les principaux résistants sont morts du Covid.

Plus c’est gros…

Ils essaieront de passer en force.

Ils annonceront qu’il faudra qu’un des deux membres du couple se sacrifie pour s’occuper des enfants parce qu’on fermera les écoles. Des experts leur expliqueront à longueur de journée comment faire pour leur faire suivre des cours à distance, pour leur faire leurs devoirs et leurs leçons.

Nous pourrions alors nous mobiliser pour les femmes. Plus seulement pour l’égalité de salaire. Pour l’égalité. Mais il faudra trouver une solution compatible avec la logique des bulles. L’universel doit avoir une portée pratique. Dans un couple sur deux, pourquoi ne serait-ce pas à l’homme de s’occuper de ses enfants. Certaines formes d’arbitraire ne sont-elles pas fondées.

On n’aura pas peur d’avoir l’air débile si on manifeste puisque de toute manière on a toujours l’air un peu stupide quand on manifeste. Ce sera probablement très compliqué. On ne pourra pas manifester. Il faudra imaginer des mobilisations différentes. Ce ne sera pas très efficace. On sait à qui on a affaire.

Quelle stratégie faudra-t-il adopter ? Il faudra réfléchir. Il ne faudra pas tomber dans le panneau. On vit dans une société où quelques mesures politiques pourraient suffire à réduire la moitié de la population à la famine. Comment va-t-on mobiliser des affamés ? Si les élites leur proposent en même temps une solution à leurs problèmes, même si c’est une mauvaise solution. Le travail forcé par exemple. Les chômeurs américains ont accepté une forme de travail forcé au cours du New Deal. Ensuite, les Américains ont accepté de se mobiliser contre les Allemands et les Japonais. On n’est pas à Ludlow dans l’Oklahoma en 1914, nous ne sommes pas des femmes dans des ateliers textiles à New-York en 1909. Les ateliers textiles ont complètement cessé de tourner en Europe et aux U.S.A.. Sauf la haute couture. Il n’y a plus non plus de mines de fer en Europe de l’Ouest ou aux U.S.A.. Certains pensent que c’est mieux ainsi. Mais pourtant notre consommation de fer et de vêtements, elle, n’a pas cessé d’augmenter. Pourquoi allons nous nous mobiliser ? Contre quoi ? Avec quels arguments ? Pour nous mobiliser de manière efficace, ne manquons-nous pas d’un projet concret de société qui tienne la route ? Serait-il possible de réfléchir ensemble à ce genre de projets, de poser les bonnes questions, de laisser des gens se les poser sans leur piquer leurs papiers, leurs bouquins, sans qu’ils meurent du Covid ? Telles sont les questions à se poser. Il est temps de se poser les bonnes questions. En tout cas si l’on désire encore se mobiliser, empêcher la catastrophe qui est en train de nous arriver, ou en tout cas pour faire reculer ceux qui s’attendent, criminellement, à en tirer parti !

 

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